Qui sont vraiment les couturières ?
Qui sont vraiment les couturiers et couturières en France aujourd'hui ?
Loisir de mamie ou nouvelle tendance DIY ? On a creusé les chiffres — âge, sexe, motivations, marché — pour dresser le vrai portrait de celles et ceux qui cousent en France en 2026. Spoiler : la réalité est plus intéressante qu'un simple cliché générationnel.
On l'a tous entendu au moins une fois : « la couture, c'est un truc de grand-mère ». Sauf qu'en creusant les études de marché, les enquêtes sur les loisirs créatifs et les chiffres du secteur, le portrait qui se dessine est bien plus nuancé — et bien plus vivant. Voici ce que disent vraiment les chiffres sur qui coud, pourquoi, et où va cette pratique.
Le mythe du "loisir de grand-mère"
C'est l'image qui colle à la couture depuis des décennies : une pratique de femmes âgées, transmise de mère en fille, en voie de disparition face au prêt-à-porter bon marché. Cette image n'est pas totalement fausse — mais elle est surtout incomplète. Le marché français des machines à coudre et de la mercerie est loin de s'être effondré : il reste actif, structuré autour d'enseignes spécialisées, et surtout, il attire une nouvelle génération qui n'a rien à voir avec le cliché de la couturière retraitée.
La couture attire aujourd'hui un public bien plus large que le seul cliché générationnel.
💡 Le chiffre qui change la perspective
Environ 220 000 machines à coudre sont vendues chaque année en France. Ce n'est pas le signe d'une pratique résiduelle, mais celui d'un marché de niche qui reste solide et qui se renouvelle.
Le profil type : très majoritairement féminin
Sans surprise, la couture reste une pratique très genrée. Les enquêtes sur les loisirs créatifs en général donnent une bonne indication de la tendance : plus des trois quarts des femmes déclarent pratiquer une activité créative dans leurs loisirs, contre un peu plus de six hommes sur dix. Sur les activités manuelles et artistiques au sens large, la répartition penche nettement du côté féminin.
| Indicateur | Donnée | Source |
|---|---|---|
| Femmes pratiquant un loisir créatif | ~79 % | Ipsos, enquête loisirs créatifs |
| Hommes pratiquant un loisir créatif | ~62 % | Ipsos, enquête loisirs créatifs |
| Pratiquants d'un art graphique ou manuel qui sont des femmes | ~61 % | Insee, pratiques culturelles |
| Machines à coudre vendues par an en France | ~220 000 | Made in FR, étude marché couture |
Sur l'âge, la tendance est tout aussi marquée : la pratique amateur d'activités créatives ou manuelles est nettement plus fréquente après 35 ans qu'avant. Pour la couture plus précisément, les acheteuses de mercerie et de machines à coudre ont en moyenne plus de 50 ans — un profil de couturières confirmées, souvent initiées jeunes et restées fidèles à la pratique toute leur vie.
Une pratique à deux vitesses générationnelles
C'est là que le portrait devient vraiment intéressant. Le marché de la couture en France ne suit pas une courbe de déclin homogène : il s'est scindé en deux publics bien distincts, qui ne cousent ni pour les mêmes raisons, ni de la même manière.
⚠️ Ce qu'il faut retenir
La pratique a littéralement "sauté" une génération. Ce n'est donc pas un déclin linéaire, mais une pratique qui a perdu une tranche d'âge entière avant d'être redécouverte différemment par les plus jeunes.
Loisir plaisir ou vrai savoir-faire ?
Pour l'immense majorité des personnes concernées, coudre reste avant tout un loisir — et pas n'importe lequel. Dans les enquêtes sur les activités créatives, se détendre arrive largement en tête des motivations, suivi de près par la fierté de créer quelque chose de ses propres mains. Faire des économies ou personnaliser un vêtement viennent ensuite, mais sont loin d'être les moteurs principaux.
Cela dit, la frontière entre loisir et savoir-faire s'estompe de plus en plus. Les enseignes spécialisées misent lourdement sur la formation : Mondial Tissus a par exemple formé environ 40 000 personnes lors de ses ateliers en une seule année. Ce chiffre montre bien que la couture n'est plus seulement une pratique solitaire à la maison, mais aussi une activité qu'on vient apprendre, structurer, perfectionner — sans pour autant en faire un métier.
💡 Un écosystème qui professionnalise le loisir
Ateliers en boutique, tutoriels en ligne, vente de patrons numériques : sans devenir un métier pour la plupart des pratiquants, la couture s'entoure aujourd'hui d'un vrai écosystème de contenus et de services qui ressemble de plus en plus à celui d'une discipline professionnelle.
Ce que disent les chiffres du marché
Le marché français de la couture et de la mercerie envoie des signaux contrastés, mais globalement positifs pour les acteurs qui savent s'adapter.
| Donnée | Chiffre | Ce que ça montre |
|---|---|---|
| Chiffre d'affaires Mondial Tissus (2025) | 150 M€ | Progression tendancielle du leader du marché |
| Fermeture de Self Tissus | Fin 2025 | Le marché se recompose, il ne s'effondre pas partout |
| Ventes mercerie/tricot en grande surface | 42,66 M€ (sept. 2024 - sept. 2025) | Érosion progressive face aux discounters et plateformes chinoises |
| Personnes formées en ateliers Mondial Tissus (2025) | ~40 000 | Une vraie appétence pour l'apprentissage encadré |
Autrement dit : la couture perd du terrain sur les circuits de distribution les plus généralistes (grandes surfaces), mais se maintient très bien sur les circuits spécialisés qui investissent dans le conseil, les ateliers et le sur-mesure — exactement la dynamique qu'on observe aussi dans l'e-commerce spécialisé.
Pourquoi la couture regagne du terrain
Plusieurs tendances de fond expliquent ce regain d'intérêt, en particulier chez les plus jeunes :
Et demain, vers quoi ça va ?
Difficile de prédire une explosion spectaculaire de la pratique, mais tous les signaux vont dans le même sens : une base solide de couturières confirmées, une nouvelle génération qui arrive avec d'autres attentes (rapidité, contenu en ligne, personnalisation, achat responsable), et des acteurs du marché qui investissent de plus en plus dans la formation et l'accompagnement plutôt que dans la seule vente de matériel.
La couture reste, et restera sans doute encore longtemps, un loisir avant tout — solitaire, créatif, valorisant. Mais un loisir qui, contrairement au cliché, se réinvente activement plutôt que de simplement se maintenir par nostalgie.
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